A propos…

À propos des groupes de thérapie

Rogers attire notre attention déjà dans les années 70, dans son livre sur sa pratique des groupes de rencontres sur les phénomènes de société et sur le fait que les groupes de rencontre pourraient constituer une réponse, face à la précarité, au déracinement en un mot à la déshumanisation de notre civilisation.
Les êtres humains deviennent de plus en plus conscients de leur solitude : « Il y a deux aspects qui me semblent essentiels. Le premier, c’est la solitude, l’individualité, qui constitue d’ailleurs un des fondements de l’existence humaine.

Nous ne saurons jamais ce que c’est qu’être l’autre. Que nous désirions nous communiquer entièrement ou au contraire maintenir de grands domaines privés, il reste toujours que notre véritable unicité nous sépare. En ce sens, chaque homme doit vivre seul et mourir seul. Rogers insiste aussi sur le fait que chacun apprend très tôt dans la vie qu’il sera plus facilement aimé s’il se comporte d’une certaine manière, approuvée par les gens qui lui importent. Ainsi, la personne s’enveloppe d’une coquille de comportements externes par lesquels elle entre en rapports avec le monde extérieur (schèmes, scénario de vie). Il arrive à la conclusion que la solitude d’un individu confine au désespoir, lorsque la personne s’aperçoit que le sens de la vie ne réside pas et ne peut résider dans les rapports de façade avec la réalité extérieure : « la solitude existe donc à de multiples niveaux et à des degrés divers, mais elle est particulièrement profonde et poignante chez celui qui, pour une raison ou une autre, se retrouve soudain — alors qu’il est démuni de certaines de ses défenses habituelles — avec un moi vulnérable, effrayé, solitaire, mais réel, convaincu d’être rejeté d’une monde qui le juge.

C’est sans nul doute dans une expérience de groupe organisé que l’individu trouve souvent un remède à son isolement, surtout si ce groupe lui permet d’être lui-même sans avoir à être déjugé. Les évaluations auxquelles Rogers s’est livré, lui a permis de démontrer que les groupes de rencontre, qu’il observait, avaient produit réellement des changements importants et positifs pour les participants.

À propos de l’éducation

À mesure qu’il prenait conscience des attitudes facilitatrices en relation d’aide Rogers se convainquit que sur le plan pédagogique aussi elles conféraient aux apprentissages un sens et une autonomie remarquables. Dans son ouvrage « Relation Interpersonnelle et facilitation de l’apprentissage », il prolonge sa réflexion sur le processus d’apprentissage. De même que la thérapie centrée sur le patient  fait passer le pouvoir des mains du psychologue à celle du patient , l’enseignement centre sur l’apprenant le transfert de l’enseignant à l’étudiant, créant un mouvement qui affecte le système politique tout entier. Dans ce sens, il écrit un article consacré aux « politiques éducatives » que vous trouverez dans le livre de référence ‘ l’approche centrée sur le patient  ». C’est aussi à travers cette recherche qu’il mettra en évidence l’importance plus grande de la motivation intrinsèque par rapport à la motivation extrinsèque dans le processus d’apprentissage.

Les études et codage dans l’entretien motivationnel

Études et codage

Les études contrôlées de l’approche

Vous trouverez sur le site officiel l’ensemble des études contrôlées concernant cette approche. La plus importante est le projet MATCH réalisé en 1997 aux États unis, sur une population de 1726 adultes sur 9 sites différents. Les fondateurs et les membres du MINT engagés dans le développement de l’approche encouragent la réalisation d’autres études à travers le monde.

Le codage : un outil d’évaluation et d’entraînement

Le codage des compétences en Entretien Motivationnel (MITI) a été développé à partir de 1997 par William R. Miller, Theresa B. Moyers, et Denise Ernst, comme moyen méthodologique pour évaluer la qualité de l’Entretien Motivationnel (EM) à partir d’enregistrement sonore et vidéo de sessions individuelles de psychothérapie. Il est utilisé dans le cadre de protocole de recherche mais aussi pour contrôler les protocoles lors des études d’évaluations de résultats.

Les utilisations du MITI incluent aussi de pouvoir :
• Fournir un feedback détaillé de session à des psychologues en cours d’apprentissage de l’EM, y compris des objectifs spécifiques pour développer les habiletés.
• Évaluer l’efficacité de la formation dans l’Entretien Motivationnel par comparaison des habiletés des thérapeutes avant et après la formation.
C’est donc un outil de coaching qui peut-être utilisé à terme par le psychothérapeute lui-même comme moyen d’analyse et de correction de sa pratique.
Il va permettre de mesurer à la fois si la personne est dans l’état d’esprit de cette relation d’aide et de compter les habiletés utilisées lors d’un entretien.

Vous trouverez le guide de ce codage traduit en français, par une équipe suisse sur le site du CASAA (Center on Alcoholism Substance Abuse, and Addictions – The University of New Mexico)

Champs d’application

Si l’entretien motivationnel a été initié dans le cadre de l’accompagnement des personnes rencontrant un problème d’excès ou de dépendance avec l’alcool, il s’est maintenant largement appliqué à bien d’autres situations.

Bien sûr principalement dans la domaine de la santé que ce soit celui des troubles comportementaux délétères pour la santé comme celui des pathologies chroniques, en particulier les plus asymptomatiques, qui réclament des adaptions ou des changements d’attitudes.

Mais l’entretien motivationnel dépasse aussi largement ce champ pour être utilisé dans celui des secteurs de l’accompagnement social, de l’éducation, de la justice, de l’insertion professionnelle, du travail, en fait pour toute relation de guidance. Cette guidance étant essentiellement technique et non projective. Il s’agit d’aider la personne à tracer son propre chemin, comme déterminer ses objectifs et ses priorités, repérer ses dissonances, élaborer un plan d’actions, prendre conscience des situations pièges, trouver de nouvelles stratégies, etc. Autant d’éléments pouvant permettre d’atteindre les objectifs recherchés par l’intéressé par le biais d’une relation de coopération basée sur l’empathie de l’aidant et une stratégie relationnelle maîtrisée comme le réclame un art.

Cette rubrique est donc ouverte pour témoigner d’activités dans tous les champs où l’entretien motivationnel est mis en oeuvre.

L’entretien motivationnel : Les techniques d’intéractions

Les techniques d’intéractions

La section suivante se focalise sur des techniques d’interactions à l’intention des psychologues en Entretien Motivationnel.

L’approche de base des interactions peut être mémorisée par l’acronyme OARS
(ce qui veut dire en anglais : AVIRONS).
1 questions Ouvertes (Open-ended questions)
Affirmations (Affirmations)
3 Écoutes Réflective (Reflective listening)
4 Résumé Sommaire (Summaries)

L’acronyme OARS est une image bien illustrative de la situation. Les avirons nous donne la force de nous déplacer et mais cependant pas la vitesse d’un hors-bord. Nous ne passons pas tel un éclair d’un endroit à un autre, pourtant avec un effort soutenu les avirons peuvent nous permettre de parcourir une longue distance.

Les questions ouvertes

C’est une forme d’expression du psychologue à laquelle le patient  ne pourra pas répondre avec « oui » « non » « jamais » « 3 fois la semaine dernière » etc.
Une question ouverte va permettre au patient  de développer ces idées, de rentrer dans un cheminement de pensée. Par exemple pour commencer un premier entretien
« Qu’est ce que vous pensez trouver en venant ici ? Qu’est de que vous attendez ? »
« Racontez-moi comment ça se passe pour vous en ce moment ? »
Bien que les questions fermées soient parfois nécessaires, la question ouverte va permettre au patient  d’explorer ces attentes, ses ambivalences, ses possibilités de changement. Par exemple « qu’est-ce qui vous fait penser qu’il est temps pour vous de changer ? »

Les affirmations

Ce sont des assertions de recognition à propos des points forts du patient , autrement dit des signes de reconnaissance quant aux capacités de changement du patient . Nous avons tendance parfois à formuler une affirmation avec une intonation interrogative, exemple : « pour vous ça c’est important ↑ ». Cette tonalité peut complètement disqualifier la force de l’affirmation et enfermera le patient dans une réponse de type binaire : oui ou non. Il faut donc bien veiller à baisser le ton de la voix en fin de phrase pour affirmer la pensée ↓ . Exercez-vous à haute voix, en baissant le son de la voix ou au contraire en le relevant, vous percevrez ainsi toute la force de cette stratégie.

Le psychologue affirme ce qu’il pense, s’il se trompe, nous allons constater que le patient  va intervenir pour reprendre cette inexactitude et va enchaîner et commenter qu’il soit d’ailleurs d’accord ou pas d’accord. Il va prolonger l’idée. L’affirmation va relancer sa réflexion.
De ce point de vue, il est donc nécessaire aussi que le psychologue accepte de se tromper.
Beaucoup de personnes, qui viennent demander de l’aide, ont un fort sentiment d’inefficacité personnelle (Bill Miller et Carlo DiClemente¹) Ils ont essayé de changer leur comportement et cela n’a pas marché. Ils sont souvent démoralisés et doute beaucoup de leur capacité de changement. Le psychothérapeute va avoir pour tâche de les aider à constater que leur changement est possible, qu’ils en sont capables. Une méthode pour y arriver est de pointer les forces du patient , en particulier pour des aspects où la personne ne perçoit que des échecs. Le thérapeute explore alors les tentatives antérieures. Par exemple : « ainsi vous êtes resté sobre pendant une semaine après votre cure ↓ . Comment avez-vous fait alors ? ». Le psychologue utilise également la résistance comme ressource pour formuler des assertions. Par exemple « vous n’avez pas voulu venir aujourd’hui, mais vous êtes venu malgré tout ↓ . Je ne suis pas sûr, mais c’est comme si vous aviez décidé que c’était important pour vous de venir. Vous semblez disposé à accepter d’avoir à faire beaucoup d’effort pour y arriver. ↓ »

Les affirmations peuvent constituer de solides bases de construction. Pour le patient  souffrant d’assuétude, les affirmations peuvent être une excellente entrée en matière. Cependant elles doivent être impérativement congruentes et authentiques. Si le patient  pense que vous n’êtes pas sincère, le lien va être altéré plutôt que renforcé.

L’écoute réflective

C’est la clef du travail. Le meilleur conseil qu’il puisse être donné pour l’entretien motivationnel est d’écouter très attentivement les patient s. Ils vous diront ce qui marche et ce qui ne marche pas, ce qui les fait avancer ou reculer. Toutes les fois que vous êtes dans le doute, écoutez ! Et rappelons-nous que l’EM est une approche semi-directive, À la différence de l’approche Rogerienne, nous guidons activement le patient  vers certains éléments. Nous nous concentrerons dans l’entretien sur le changement rechercher par le patient  et nous fournirons moins d’attention aux éléments de l’entretien qui concerne le non changement. Par exemple : « vous n’êtes pas prêt à changer, mais vous vous rendez compte que votre usage de psychotropes vous cause des soucis dans vos relations sociales, dans votre travail et qu’aussi votre médecin est inquiet pour votre santé ↓ ».
vous pourrez également changer votre niveau de réflexion. Garder des réflexions au niveau de la surface peut mener au sentiment que l’interaction tourne en rond. Refléter l’affect peut être un puissant moteur de la motivation, en particulier le reflet de ceux qui ne sont pas spécifiés mais restent probables compte tenu de la situation. Par exemple : « vos enfants ne vivront peut-être plus avec vous. Ca semble douloureux pour vous ↓ ».
Si vous avez raison l’intensité émotionnelle de la session s’approfondit. Si vous êtes dans l’erreur ou si le patient  n’est pas préparé pour réfléchir à cette situation, il va rectifier et la conversation avance. Le but dans l’entretien motivationnel est de créer une dynamique et de guider cette dynamique génératrice du changement.
L’écoute réflective entretien cette dynamique d’évolution. C’est pourquoi Bill Miller et Steve Rollnick recommandent un ratio de trois réflexions pour chaque question posée.
Les questions tendent à créer un décalage dans la dynamique et peuvent l’arrêter entièrement. Bien qu’il y ait des périodes où vous voudrez créer cette dynamique de décalage ou l’arrêt, la plupart des fois, vous voudrez la poursuivre.

Les résumés

En conclusion, nous aborderons les résumés. C’est juste une autre forme de l’écoute réflective où vous refléterez de nouveau au patient  ce qu’il vous a dit.
Les résumés sont une manière efficace de communiquer votre intérêt pour le patient , établissant un compte rendu des éléments importants de la discussion pour attirer l’attention sur un point crucial ou faire une transition vers un autre sujet.
Le choix du nombre de résumés faits lors d’un entretien appartient à chacun, mais il est recommandé de les faire relativement souvent lorsque à cause d’un trop plein d’informations, le psychologue a du mal à assimiler et à faire des rétroactions efficaces.
En outre, si l’interaction rentre dans une impasse (par exemple, le renforcement du négatif, ou la résistance du patient ) le résumer peut être employé pour changer de sujet et relancer le patient  dans une autre dynamique.

La structure du résumé est claire. Il commence par l’annonce que nous allons résumer, puis nous énumérons les éléments retenus, et nous invitons le patient  à corriger tout ce qui lui semble ne pas convenir, nous introduisons ensuite une question ouverte. Si l’ambivalence est évidente dans l’interaction qui a précédée, elle devra être inclus dans ce résumé, par exemple : « permettez moi de faire une pose et de récapituler notre conversation. Vous n’êtes pas sûr aujourd’hui de savoir ce que vous voulez vraiment, vous êtes seulement venu parce que votre épouse a insisté pour ça. En même temps, vous avez eu quelques soucis avec ça et vous sentez que votre santé ne va pas bien et que vous est trop souvent absent de votre travail. Est-ce que j’ai bien compris ? Je me demande ce que vous retenez, vous, de tout ça » Le but n’est pas de harceler et d’accabler le patient , mais plutôt de le soutenir dans sa réflexion sur ce qu’il exprime et l’encourager à trouver ce que ça signifie pour lui.

C’est une phase où vous devez observer avec sagesse que votre expérience ne vous prive pas d’écouter très attentivement la façon dont le patient  comprend et la perçois de son problème. C’est cette attitude qui guidera son effort au changement ou le maintiendra dans le status quo.

L’entretien motivationnel

L’apprentissage

Les formations comportent plusieurs volets ou contextes :

• Soirées d’information sur l’Entretien Motivationnel, approche.
• Cycle de formation en soirée.
• Sessions de formation d’intégration sur deux jours ou trois jours.
• Sessions de préparation à l’utilisation des outils de codage sur deux jours.
• Groupes d’Intervision.
• Coaching individuel.

Les huit étapes dans l’apprentissage de l’Entretien Motivationnel
(source William R. Miller and Teresa B. Moyers)

 

1 L’esprit de l’Entretien Motivationnel Avoir l’esprit ouvert à une approche de travail basée sur une collaboration plutôt que sur une idée de prescription. Cette approche respecte l’autonomie et la décision du patient  et consiste davantage à susciter qu’à imposer. Cela demande d’avoir au minimum la volonté de renoncer à un quelconque rôle d’autorité, et plutôt d’explorer les capacités que les incapacités du patient  avec un intérêt authentique pour l’expérience du patient  et ses points de vue.
2 Les habiletés du psychologue centré sur le patient Capacité à maîtriser l’art du psychothérapeute centré sur le patient  pour fournir une atmosphère de soutien et de facilitation dans laquelle les patient s peuvent explorer en sécurité leur expérience et leurs ambivalences. Ceci implique une pratique aisée des questions ouvertes, de l’affirmation, de la synthèse et plus particulièrement la maîtrise d’une véritable empathie, comme la décrite Carl R. Rogers.
3 Reconnaître le langage de changement et la résistance Capacité d’identifier le langage de changement et d’engagement du patient  qui indiquent un mouvement vers le changement de comportement mais aussi bien reconnaître les résistances du patient . Le langage de changement inclut le désir, les capacités, les raisons et le besoin de changer, lesquels favorisent l’augmentation de la force de son engagement.
4 Provoquer et renforcer le langage de changement Capacité à susciter et renforcer le langage de changement et le langage d’engagement. Ici l’orientation centrée sur les habiletés du patient  est appliquée de manière stratégique pour renforcer en les différenciant le langage de changement et le langage d’engagement.
5 Rouler avec la résistance Capacité à répondre à la résistance du patient  d’une manière qui la reflète et la respecte sans la renforcer. L’essentiel est de “rouler” avec la résistance du patient  plutôt que d’opposer une résistance.
6 Développer un plan de changement Capacité à identifier si le patient  est prêt à agir et aussi à négocier un plan spécifique de changement acceptable et approprié au patient . Ceci implique d’identifier et de saisir le bon moment et de savoir négocier.
7 Consolider l’engagement Capacité à susciter l’accroissement de la force d’engagement du patient  dans le changement et dans la mise en oeuvre de ses intentions spécifiques.
8 Transition et intégration Capacité à mêler le modèle de l’Entretien Motivationnel avec d’autres méthodes d’intervention et à pouvoir passer de l’Entretien Motivationnel à d’autres approches avec fluidité.

Il y a quatre principes généraux dans l’Entretien Motivationnel.

Les principes

Exprimer de l’empathie

L’empathie implique de voir le monde par les yeux du patient , de penser aux choses comme le patient  y pense, de ressentir les choses comme le patient  les ressent, et partager ainsi les expériences du patient . L’expression de l’empathie est cruciale dans l’Entretien Motivationnel. Quand les patient s estiment qu’ils sont compris, ils peuvent s’ouvrir à leurs propres expériences et partager avec d’autres. Obtenir que des patient s partagent intensément, vous permet de repérer quand et où ils ont besoin de soutien et quels pièges potentiels peut avoir besoin d’être éclairés pour planifier le processus de changement. Ce qui est important, quand les patient s perçoivent l’empathie de la part d’un psychologue, c’est qu’ils deviennent plus ouverts aux petits challenges du psychothérapeute à propos des questions sur leur style de vie et des croyances sur l’utilisation de substance. Les patient s sont plus à l’aise pour examiner pleinement leur ambivalence à propos du changement et moins enclin à défendre des idées comme leur déni des problèmes, ou la réduction de leur usage plutôt qu’abstinence, etc. En bref, la compréhension exacte de l’expérience du patient  par le psychologue facilite le changement.

Soutenir le sentiment d’efficacité

Comme il a été vu précédemment, la croyance du patient  dans sa possibilité de changer est un facteur de motivation important pour la réussite du changement. Comme les patient s, dans cette approche, sont tenus pour responsables de choisir et de réaliser des actions pour changer, les psychothérapies concentrent leurs efforts pour aider les patient s à demeurer motivés, et le fait de soutenir le sentiment d’efficacité personnelle des patient s est une bonne manière d’y arriver. Dans l’utilisation de l’Entretien Motivationnel, une source d’espoir pour les patient s est qu’il n’y a aucune «bonne manière» de changer et si un plan de changement donné ne fonctionne pas, les patient s sont seulement limités par leur propre créativité quant au nombre d’autres plans qui pourraient être essayés.
Le patient  peut être aidé pour développer sa confiance en lui dans sa capacité de changement. Par exemple, le clinicien peut s’enquérir à propos d’autres changements salutaires dont le patient  a fait l’expérience dans sa vie, faisant ressortir ainsi les capacités du patient  à l’avoir déjà fait. Partager des brefs exemples cliniques le succès d’autres patient s dans une situation analogue à changer une même habitude peut parfois être utile. Dans un travail de groupe, la force d’avoir d’autres personnes qui ont changé une variété de comportements pendant leur vie, donne au clinicien un énorme soutien pour démontrer que les gens peuvent changer.

Rouler avec la résistance

Dans l’Entretien Motivationnel, le conseiller ne combat pas la résistance du patient , mais « roule avec elle ». Des études démontrent que chercher à contrer la résistance ne fait que la renforcer. Au lieu de cela, le psychologue utilise ce moment de resistance du patient  pour explorer plus loin sa vision des choses. En utilisant cette approche, la résistance tend à être diminuée plutôt qu’accrue, ainsi les patient s ne sont pas poussés à jouer « l’avocat du diable » face aux suggestions du psychothérapeute. L’Entretien Motivationnel encourage les patient s à développer leurs propres solutions aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes définis. Ainsi, il n’y a aucune vraie hiérarchie dans le relation patient  – psychologue dans le combat du patient  pour changer. Dans l’exploration des préoccupations des patient s, les counselors peuvent les inviter à examiner de nouvelles perspectives, mais les praticiens ne leur imposent pas de nouvelles façons de penser.

Développer la dissonance

Une motivation pour changer se produit quand les gens perçoivent une dissonance entre où ils en sont et où ils voudraient en être. (Miller, Zweben, DiClemente, et Rychtarik, 1992, p. 8). Les psychothérapeutes en Entretien Motivationnel travaillent pour développer cette situation par les patient s en aidant à examiner les dissonances entre leurs comportements et leurs objectifs futurs. Quand les patient s perçoivent que leurs comportements actuels ne leur permettent pas d’atteindre leurs objectifs, ils deviennent plus motivés pour faire des changements importants dans leur vie. Bien sûr, les psychologues ne dévoilent pas de dissonance aux dépends des autres principes de l’Entretien Motivationnel, mais aident doucement et graduellement les patient s à s’apercevoir que leurs manières d’être actuels risquent de les éloigner plutôt que de les rapprocher de leurs buts.

Reference: Miller, W. R., Zweben, A., DiClemente, C. C., & Rychtarik, R. G. (1992). Motivational Enhancement Therapy manual: A clinical research guide for therapists treating individuals with alcohol abuse and dependence. Rockville, MD: National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism.

Vous pouvez visiter le site Internet NIAAA pour en savoir plus sur le projet MATCH et obtenir le manuel de traitement.

L’entretien motivationnel utilisé par le psychologue

L’état d’esprit et les principes

L’état d’esprit du psychologue

Il est essentiel de distinguer l’esprit de l’Entretien Motivationnel (EM) et les techniques qui sont recommandées pour manifester cet esprit. Rester trop focalisé sur la technique peut faire perdre de vue l’esprit et le style qui sont le point central de cette approche.

L’esprit de la méthode peut être caractérisé par quelques points clés (d’après les sources S. Rollnick et W.R. Miller) :

  1. La motivation à changer doit émaner du patient et ne pas être imposée de l’extérieur.
    D’autres approches de motivation ont mis en valeur la coercition, la persuasion, la confrontation constructive, et l’utilisation de contingences externes (par exemple, la menace de perte du travail ou de famille). De telles stratégies peuvent avoir leur place dans l’évocation du changement, mais elles sont totalement différentes de l’esprit de l’Entretien Motivationnel, lequel compte sur l’identification et la mobilisation des valeurs et objectifs intrinsèques du patient pour stimuler le changement de comportement.
  2. Il appartient au patient d’exprimer et de résoudre son ambivalence et non pas au psychologue.
    L’ambivalence prend la forme d’un conflit entre deux lignes de conduite, (par exemple, indulgence opposée contrainte) dont on perçoit pour chacune les avantages et les inconvénients. Beaucoup de gens n’ont jamais eu l’occasion d’exprimer leur confusion fréquente, leurs contradictions et les éléments essentiellement personnels de leur conflit. La tâche du psychothérapeute est de faciliter l’expression des deux côtés de l’impasse de l’ambivalence et guider le patient vers une résolution acceptable qui déclenche le changement.
  3. La persuasion directe n’est pas une méthode efficace pour résoudre l’ambivalence.
    La tentation existe d’être « utile » en persuadant le patient de l’urgence du problème et des avantages au changement. Il est assez clair cependant, que ces tactiques augmentent généralement la résistance du patient et diminue la probabilité du changement (Miller, Benefield et Tonigan, 1993, Miller et Rollnick, 1991).
  4. Le style de l’entretien est généralement calme et suscite la participation du patient .
    La persuasion directe, la confrontation agressive et l’argumentation sont en opposition conceptuelle avec l’EM et sont explicitement proscrites de cette approche. Pour un thérapeute accoutumé à confronter et à donner des conseils, l’EM peut sembler être un processus désespérément lent et passif. La preuve est dans les résultats. Des stratégies plus agressives parfois guidées par un désir « de confronter le déni du patient » glissent facilement vers le fait de pousser des patient s à faire des changements pour lesquels ils ne sont pas prêts et qui de ce fait n’aboutiront pas où ne dureront pas à long terme.
  5. Le psychologue est semi-directif en aidant le patient à explorer et résoudre son ambivalence.
    L’EM n’implique aucune formation des patient s aux habiletés comportementales, bien que les deux approches ne soient pas incompatibles. L’hypothèse opérationnelle de l’EM est que l’ambivalence ou le manque de détermination sont les principaux obstacles à surmonter pour déclencher le processus de changement. Une fois que c’est accompli, il peut ou pas être nécessaire d’intervenir plus loin, telle qu’une formation aux habiletés comportementales. Les stratégies spécifiques de l’EM sont conçues pour susciter, clarifier et résoudre l’ambivalence dans une atmosphère respectueuse de psychothérapie centrée sur le patient .
  6. L’état de préparation à changer n’est pas un trait de caractère du patient , mais le résultat variable d’une interaction interpersonnelle.
    Le psychologue est donc très attentif et répond aux signes de motivation du patient . La résistance et le déni sont vus, non pas comme des traits de caractère du patient , mais comme un feedback concernant le comportement du psychothérapeute. La résistance du patient est souvent un signal que le counselor a présumé grandement du niveau de préparation au changement du patient et ceci est un signal que le counselor a besoin de modifier des stratégies pour susciter la motivation.
  7. La relation d’aide est plus un partenariat entre le patient et le psychologue, qu’un modèle expert/bénéficiaire.
    Le thérapeute respecte l’autonomie et la liberté du choix du patient (et les conséquences) au regard de son propre comportement.

Nous voyons ainsi qu’il s’agit de bien plus qu’un modèle s’appuyant sur des techniques, mais qu’il s’agit plutôt de la recherche d’un équilibre subtil de conduite semi-directive centrée sur la préoccupation du patient . Cette approche s’appuie sur une philosophie qui s’inspire plus d’une démarche de guidance qui va susciter le changement et l’engagement à agir du patient . Si cette technique est utilisée que comme stratégie de manipulation, son essence a été perdue et son impact réduit d’autant.

Vu ainsi, il est donc inadéquat de penser à l’EM comme une technique ou un ensemble de techniques qui sont appliquées « pour » ou pire « utilisées sur » des personnes. C’est plutôt un style interpersonnel qui ne se limite pas aux séquences formelles d’une psychothérapie.

Refererences : Stephen Rollnick, Ph.D., & William R. Miller, Ph.D. Reprinted with permission from Rollnick S., & Miller, W.R. (1995).  What is motivational interviewing?  Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 23, 325-334.

Rédaction et traduction :
Monia Lambert – 2005

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